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Les chameaux qui ont eu peur ou le leadership partagé

17 janvier 2016, on roule vers Uluru et Katja Kjuta en Australie sur une route de terre. La poussière rouge inonde le paysage derrière nous, les enfants dorment, Nicolas conduit, et moi je lis « Le leadership partagé » d’Édith Luc dans le cadre de mon certificat à l’Université Laval. Un livre formidable qui me révèle que chacun peut devenir leader à sa façon et selon sa personnalité. Alors que j’entame le chapitre 4, des chameaux sauvages coupent soudainement notre route et s’enfuient dans le bush, apeurés par notre véhicule. Et là, aussi soudainement, j’ai eu une idée. Mais avant de parler de l’idée elle-même, commençons par la source d’inspiration.


Le leadership peut donc être partagé

Il y a quelques années, j’imaginais le leader comme une personne unique, inspirant les autres par son charisme écrasant, sa détermination à toute épreuve, son intelligence inégalable et sa vision inébranlable. Cette représentation me laissait penser qu’il y avait peu de leaders dans ce monde, seuls quelques élus pouvaient être nommés comme tels, et de toute évidence, je n’en ferais jamais pas partie. En lisant le livre d’Edith Luc, je compris qu’il n’y avait pas une seule façon de définir le leadership.


Selon l’auteur, le leadership partagé est un mécanisme d’action issu de l’apport différentiel et complémentaire des uns et des autres à l’avancement des idées et de la mobilisation collective. Avec le leadership partagé, chacun a la possibilité, la légitimité et la coresponsabilité d’adopter des comportements visant l’atteinte du but commun.


Chacun possède un capital de leadership et chacun se doit de développer son leadership personnel. Développer son leadership signifie avant tout acquérir de la confiance en soi, mais aussi inspirer davantage confiance aux autres, acquérir de la crédibilité, influencer les autres, transformer les situations. Sur le plan individuel, cela signifie intervenir sur le cours de sa vie en développant de plus en plus la capacité de changer les choses et d’améliorer la qualité de la vie des autres, tout autant que la sienne.

Cela dit, le leadership s’apprend. On ne naît pas leader, on le devient. Edith Luc nous propose dans son livre 7 stratégies à la portée de tous permettant de devenir un acteur du leadership partagé :

  • Se libérer des conformismes

  • Appliquer l’apprentissage en T

  • Construire un sentiment d’efficacité

  • Renforcer sa résilience

  • Apprendre des autres

  • Définir une vision

  • Et surtout, agir.

J’avais pris beaucoup de notes lors de ma lecture à l’époque, alors je vous partage 2 points que j’ai trouvé particulièrement intéressant : construire un sentiment d’efficacité et apprendre en T.



Développer un sentiment d’efficacité personnelle, chez autrui et de manière collective

Le sentiment d’efficacité personnelle se définit comme la confiance en notre capacité d’adopter des comportements de leadership qui apporteront les résultats visés. La meilleure façon de renforcer son sentiment d’efficacité face au leadership est d’exercer le plus souvent possible des comportements de leadership. Voici quelques actes de leadership à expérimenter :


  • Mobiliser les autres autour d’un objectif commun

  • Faciliter des compréhensions communes d’enjeux, de problèmes et de résolutions

  • Favoriser un dialogue axé sur la coopération, provoquer des débats pour faire avancer le groupe et résoudre les malentendus

  • Remettre en question la pensée uniforme, challenger les façons de faire et de penser

  • Oser prendre des initiatives en lien avec le but commun et faire les correctifs nécessaires pour l’atteindre, participer à la prise de décisions

  • Partager ouvertement la responsabilité des résultats et des efforts pour atteindre le but visé

Comment désormais développer le sentiment d’efficacité personnelle chez autrui ? Voici quelques éléments clés :


  • Miser sur l’expérience : encourager la personne à expérimenter des comportements de leadership, faciliter les retours sur les apprentissages en valorisant l’initiative et en permettant un certain droit à l’erreur, favoriser l’expression de perspectives différentes, déléguer des responsabilités

  • Donner une vision et un but pour canaliser les énergies

  • Utiliser un discours et un langage social : porter attention à ce que les autres disent du leadership et de leur capacité à relever les défis

  • Favoriser l’apprentissage social : apprendre des autres est une source inépuisable de développement du leadership

  • Développer les compétences : valoriser les formations, partager les bonnes pratiques et les réflexions sur l’apprentissage

Le sentiment d’efficacité collective repose sur la croyance qu’un groupe possède les capacités nécessaires à l’atteinte de ses objectifs et à la résolution des problèmes qui se présentent en chemin. Pour le développer :


  • Choisissez judicieusement la composition de l’équipe en prenant en compte le niveau relativement élevé d’efficacité individuelle, le désir de réussir, la confiance naturelle envers les autres

  • Favorisez le partage collectif des compétences individuelles

  • Communiquez l’importance de l’équipe au sein de l’organisation : une équipe persuadée de l’importance de sa contribution au sein de l’organisation éprouve un plus grand sentiment de compétence collective

  • Partagez les modèles mentaux communs (comment veut-on fonctionner comme équipe ? Quels sont les rôles de chacun des membres ? Quel rôle donne-t-on à l’apprentissage collectif ?)

  • Réalisez des mises en situation préparatoires avec des visualisations collectives

  • Faites vivre des succès et des rétroactions constructives (rappels des bons coups et valorisation des contributions)

  • Faites sentir le groupe en contrôle de son efficacité future en misant sur l’amélioration continue

  • Valorisez le plaisir de travailler ensemble


Développer l’apprentissage en T

« Comment les leaders en devenir apprennent-ils ? Comment affrontent-ils les nouveaux défis ? Ils pratiquent l’apprentissage en T, caractérisé par deux attitudes fondamentales. La première est la volonté d’acquérir une connaissance approfondie du domaine ou des tâches dont ils sont responsables. La deuxième est un apprentissage simultané pour les éléments connexes au domaine en question ainsi que pour un éventail de matières au-delà de ce qu’exigerait normalement la fonction principale. »

1. Développer profondeur et maîtrise

  • S’investir dans la maîtrise d’un métier, d’une profession, d’un domaine d’intérêt ou de responsabilité

  • Développer le souci du détail

  • Développer savoir et savoir-faire en lien direct avec le domaine de responsabilité ou d’intérêt

  • Réfléchir aux leçons d’expérience

2. Intégrer différentes perspectives

  • Garder un esprit ouvert et curieux en toutes circonstances

  • Valoriser la diversité des points de vue, écouter, questionner

  • Observer, lire sur une multitude de sujets, varier les centres d’intérêt et les sources d’information, discuter avec des interlocuteurs dans divers domaines, s’interroger et émettre des hypothèses à partir de points de vue différents

  • Identifier les différentes parties prenantes à un enjeu et tenter de comprendre leurs besoins, intérêts et préoccupations

  • Faire du bénévolat dans un organisme afin d’apporter une contribution et de comprendre un autre univers

  • Chercher à comprendre l’interdépendance entre les spécialités, les fonctions, les responsabilités, les individus

Les éléments ci-dessous ne sont qu’une petite partie de ce que nous partage Edith Luc dans son livre. Je vous invite à le lire si vous souhaitez mieux comprendre les 7 stratégies possibles pour développer un leadership partagé.

Le leadership partagé, une puissance collective

Pour terminer, voici un beau paragraphe tiré du livre :

« Le leadership partagé est une puissance collective issue du leadership de chacun, mue par un désir commun d’améliorer la vie d’autrui, centré autour d’un but commun et dans le respect des responsabilités. C’est dans cette optique que, de tout temps, des individus se sont ralliés, ont fait fi du conformisme ambiant et se sont levés pour devenir des êtres libres au service de leur communauté. »

Alors voilà, ces idées-là m’ont donné des idées. Mais ça, c’est dans le prochain article.


Source : Edith Luc, Le leadership partagé, édition Les Presses de l’Université de Montréal.

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