LES YÉTIS INTRAPRENEURS

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L'intrapreneuriat, une quête de sens à l’envers

Mis à jour : 7 oct. 2019

J’ai lu un tas d’articles passionnants le mois dernier. Septembre fût fructueux en contenus inspirants. Alors voici une petite synthèse de ce que j’en retiens et je vous donne tout de suite ma conclusion : être intrapreneur, c’est finalement rechercher du sens en prenant les choses à l’envers. C’est créer son propre sens plutôt que d’en attendre un qui tomberait du ciel, ou du moins de son entreprise. Et le concept de responsabilité sociale d'entreprise serait au cœur du sens retrouvé.

Comme disait Alice, « Mais alors, si le monde n'a absolument aucun sens, qui nous empêche d'en inventer un ? » Lewis Carroll

Mais au fait, une entreprise, ça sert à quoi ?

Selon le spécialiste en éthique organisationnelle Thierry Pauchant, les entreprises « ne sont pas seulement des machines qui produisent des biens et des services pour des marchés économiques ou même pour la société en général, elles sont aussi des lieux concrets où les personnes travaillent, vivent, meurent parfois, et où elles devraient pouvoir grandir, apprendre, s’actualiser, avoir le courage de créer par leur travail, participer à la vie de leur communauté, à la beauté du monde [et] au mystère de la vie ».

(Extrait de Le Management Responsable, une approche axiologique, Luc K. Audebrand - dont voici au passage l'excellent MOOC de l'université Laval)


Oui ! Et c’est tellement évident. Les entreprises ne sont pas seulement des lieux de production mais des lieux de vie qui offrent aux individus la possibilité de définir son identité sociale. Le travail possède une fonction sociale essentielle et les entreprises devraient être vues comme lieu d’accomplissement social dans un écosystème.


Voici un autre extrait de ce livre :

« Le modèle économique dominant oriente nos manières de vivre et subordonne notre vie personnelle à des enjeux marchands : "La marchandisation enveloppe la vie triplement : comme temps de travail vendu pour la production, comme temps disponible pour la consommation et comme temps quasi permanent) de constitution d’un soi conforme aux exigences du marché." (Baschet) (…) Cette situation s’apparente à une forme d’esclavagisme moderne. »

Un constat difficile à digérer, mais soyons réalistes, cela ressemble à une vérité. Comment trouvons-nous du sens dans ce non-sens ?? L’entreprise est l’un des lieux où nous cherchons parfois le sens de la vie. Nous y consacrons assez de temps et d’énergie, elle oriente nos choix de vie, alors nous sommes en droit d’exiger du sens.


L’entreprise, en quête aussi, mais de quoi ?

Le problème est que l’entreprise semble perdue elle aussi. De quel sens parlons-nous ? Que veulent les employés ? On ne parle que de sens au travail sans savoir comment en donner. Le monde du travail est désorienté : les salariés sont en quête de sens, les gestionnaires en quête de rôle, les Ressources Humaines en quête de mission, la haute direction en quête de contrôle… On a l’impression que tout part à vau-l’eau et que les entreprises sont en perte de structure et d’organisation.


Alors on repense la façon de travailler ensemble, notre organisation du travail, la gouvernance, la façon de contribuer aux objectifs et de collaborer. On parle d’agilité organisationnelle, de laboratoires d’innovation, de design thinking, de Management 3.0, d’expérience employé, de leadership conscient, de management responsable, d’intrapreneuriat, etc.


Tous ces mots clés ne seraient-ils pas des outils possibles pour un même objectif ? En tout cas, elles semblent toutes reposer sur une même volonté : celle de repenser les organisations en favorisant l’émergence d’un sens commun, appuyé par la reconnaissance de la valeur de chacun et redonnant place au collectif.


Au final, les organisations se cherchent et devraient finir par se trouver dans le concept de responsabilité sociale qui met de l’avant l’ensemble des responsabilités d’un organisation face à toutes ses parties prenantes, autant ses employés, que ses clients et ses partenaires.


La notion de responsabilité sociale (RSE) remet en perspective ce qu’est la performance d’une entreprise. En effet, elle recompose sa performance globale de 3 types : performance sociale, performance économique, performance environnementale. La RSE redonne du sens à l’entreprise, elle lui redonne une place dans la société. Son empreinte sociétale devient plus claire.


Intraprendre, c’est entreprendre de l’intérieur


Dans cette perspective, on peut voir les nouvelles approches de gestion et de collaboration au cœur de la performance sociale, même si elles servent un autre but organisationnel. L’intrapreneuriat rentre alors dans cette notion de performance sociale.


Les Inspirés nous donne la définition suivante : « L'intrapreneuriat, c'est l'action d'agir comme un entrepreneur en travaillant au sein d'une organisation dans laquelle vous êtes employé. Concrètement, cela peut vouloir dire mettre sur pied une nouvelle équipe, développer un nouveau service, organiser un comité social, offrir une stratégie innovatrice, etc. Parfois, les intrapreneurs ont aussi des éclairs de génie qui changent la face de leur organisation. »


La notion d’intrapreneuriat introduit le fait de reprendre un certain contrôle des nos actions au cœur de nos organisations. Comme si, en tant qu’employé nous avions peu de place à entreprendre et mettre en place des initiatives contribuant à la mission de l’organisation. Le concept d’intrapreneuriat semble absurde au final. Fallait-il un concept pour que les employés puissent proposer et prendre en charge des projets porteurs pour l’entreprise ?


Notre culture organisationnelle est tellement emprunte d’une culture reposant sur la distribution du contrôle et des activités à réaliser que nous en sommes venus à considérer les humains comme des ressources ou du capital et dont nous pouvons exiger qu’ils se comportent tel que nous l’avions prévu dans une fiche de poste. Avons-nous oublié que l’humain est une richesse complexe qui peut apporter bien plus que des tâches décrites dans une description d’emploi ? Martin Richer nous parle de potentiel humain dans son excellent article Sommes-nous tous du capital humain ?


Dans cet autre article, Martin Richer nous dit :

« L’intrapreneuriat se développe sur un malentendu : la croyance des dirigeants en une absence d’esprit d’entreprise chez leurs salariés. Ce qui manque, ce n’est pas l’esprit d’entreprise, ce sont les dispositifs lui permettant de prospérer et de s’exprimer. L’intrapreneuriat fonctionne parce qu’il permet de ramener du pouvoir de décision au plus proche du terrain et de rendre chacun plus responsable. »

Il ajoute que cette notion d’intrapreneuriat doit être considérée « comme une modalité organisationnelle qui ne se substitue pas à l’entreprise conventionnelle mais qui la complète. »


Une opportunité à la fois individuelle et organisationnelle


Dans cette quête de sens des employés, intraprendre apparaît comme une façon de retrouver le sens de sa contribution en proposant des initiatives participant au développement de l’organisation, et finalement de retrouver son pouvoir d’action en tant que personne. Chaque jour dans notre vie personnelle, nous savons comment atteindre nos buts, organiser nos activités, gérer nos finances, élever nos enfants, pourquoi ne saurions-nous pas comment contribuer à notre façon à un but collectif porté par une entreprise ?


De plus en plus d’organisations voient une opportunité dans ce mouvement. Selon l'article de Frederic Doucene, il y aurait 4 buts principaux à initier une démarche intrapreneuriale :


1. Transformation culturelle

2. Innovation (développement produits et services, amélioration de processus)

3. Formation (développement des collaborateurs)

4. Rétention des talents

L’étude menée par l’auteur de l’article nous apprend que l’intrapreneuriat est surtout utile pour la transformation et le développement des collaborateurs mais peu d’innovations voient réellement le jour ou ont un réel impact sur l’entreprise.

L’opportunité est alors double. L’intrapreneuriat redonne au salarié le possibilité d’être créateur de projet à l’intérieur de l’organisation, et celle-ci bénéficie d’un levier fort de transformation culturelle et de développement de ses employés. En effet, il stimule l’apprentissage permanent, stimule la créativité et l’innovation, permet l’expérimentation en laboratoire, contribue à l’avènement d’un management catalyseur de l’intelligence individuelle et collective et apporte également une nouvelle perspective au marché du travail qui devient interne.


L’intrapreneuriat, un écosystème avant tout

« L’intrapreneuriat est UNE solution, et comme toute solution, il ne faut pas en tomber amoureux. C’est plutôt le problème sous-jacent ou le besoin latent qu’il faut aimer très fort. (…) Il ne sert à rien de focaliser sur une idée fixe si on ne comprend pas le problème global que l’on souhaite résoudre. »

Dans cet article, Raphaël Thobie de CreateRocks nous explique que les entreprises ont tendance à organiser des programmes pour initier l’intrapreneuriat dans leur organisation, mais elles focalisent sur des projets en particulier et le programme devient un nouveau processus de l’entreprise. L’objectif de l’intrapreneuriat n’est pas tant de lancer un programme pour fabriquer des projets innovants mais plutôt de stimuler le système pour avoir des employés autonomes, créatifs, ouverts. Et un processus n’est peut-être pas le meilleur moyen pour y arriver. Raphaël nous amène l’idée que l’intrapreneuriat est d’abord une mentalité, une culture, un écosystème.

« D’ailleurs, comme pour le mot innovation, l’intrapreneuriat aura réellement réussi lorsque l’on ne l’utilisera plus, car il sera profondément ancré dans l’ADN de l’entreprise, et il sera devenu une évidence.  »
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