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Coaguler exponentiellement

« Le leadership partagé est une puissance collective issue du leadership de chacun, mue par un désir commun d’améliorer la vie d’autrui, centré autour d’un but commun et dans le respect des responsabilités. C’est dans cette optique que, de tout temps, des individus se sont ralliés, ont fait fi du conformisme ambiant et se sont levés pour devenir des êtres libres au service de leur communauté. » Édith Luc


Alors voilà, ces idées-là m’ont donné des idées.


Faire fi « du conformisme ambiant (…) pour devenir des êtres libres au service de leur communauté. »

Les chameaux se sont sauvés (oui, ils avaient peur) j’ai repris la lecture du chapitre 4 et je me suis dit : Oui, pourquoi ne nous rallions pas au service de la communauté ? Nous savons que notre Société traverse des enjeux majeurs de développement durable, pourquoi ne pourrions nous pas trouver un moyen de nous mobiliser, de monter des équipes de projets citoyens, et trouver des solutions à des problèmes minimalement locaux ? Et si, tout le monde pouvait proposer des idées pour changer le monde via une plateforme de collaboration ? Ne pourrait-on pas utiliser notre énergie à agir au lieu de contempler passivement nos réseaux sociaux et manifester nos émotions par de bêtes émoticônes ? Ne pourrait-on pas inventer un Facebook qui nous permettrait de trouver des solutions aux problèmes que nous constatons et pour lesquels nous souhaitons agir ?


Au milieu du rien, les yeux sur les chameaux et les cheveux dans les nuages, je voyais se dessiner une plateforme de collaboration qui permettait de monter des projets en ligne et influencer notre environnement quel qu’il soit. Je voyais un genre d’outil de gestion de projet intégré aux réseaux sociaux, où chacun à sa façon pourrait prendre son leadership pour faire bouger les choses.

"Ne doutez jamais qu'un petit groupe d'individus conscients et engagés puisse changer le monde. C'est d'ailleurs toujours comme cela que ça s'est passé." Margaret Mead

Selon l’article suivant, les chercheuses Erica Chenoweth et Maria J. Stephan qui ont étudié les mouvements civils de lutte non-violente en sont arrivées à cette conclusion surprenante : il suffit de mobiliser 3,5% d’une population pour qu’une résistance non violente ait gain de cause. Alors pourquoi ne pourrions pas nous unir en tant que citoyens via une plateforme de collaboration pour contribuer au principal enjeu mondial qu’est le développement durable ?


Ceci n’avait pas grand-chose à voir avec les chameaux, mis à part le fait que ces êtres sauvages sont libres, mais les mots d’Edith Luc m’inspiraient profondément. En fait, c’est Xavier Dolan qui a mis le doigt sur ce qui m’inspire le plus au monde : la détermination des gens à changer le monde. C’est ce qu’il dit dans cet article.


Un changement coagulant et exponentiel

« Si on ne change pas notre façon de gouverner, de posséder, d’acheter, de vivre, il n’y a aucun avenir qui nous attend. Et la tâche est tellement vaste qu’il faut commencer dans toutes sortes de sphères, pour créer un changement coagulant, exponentiel. (…) Ce qui doit changer avant toute chose, ce sont les mentalités. Il faut travailler individuellement, de toutes les façons possibles et imaginables pour changer les mentalités, qui, elles, vont changer les idéaux, et notre façon de vivre, de produire, de consommer. Par où commencer ? Chacun, je pense, est responsable de trouver sa manière de créer une amélioration. Moi, je suis un utopiste. » Xavier Dolan.

Moi aussi certainement. Mon optimisme inébranlable pour un monde meilleur en est un signe criant. Mais comme disait Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine, “Sans utopie, aucune activité véritablement féconde n'est possible.”


Mais comment coagule-t-on exponentiellement ?


Mon idée de Facebook d’action semble légèrement ambitieuse. De plus, la mobilisation citoyenne n’est pas une mince affaire et elle coagule déjà pas mal avec un certain nombre d’actions et d’associations en tout genre. Et puis, imaginer que des groupes de citoyens s’auto-organisent dans une plateforme, se dégagent du temps qu’ils n’ont pas, s’entendent en ligne et prennent des décisions dans un consensus bienveillant, et tout cela dans un but à la fois commun et spécifique, ceci me parait plus qu’ambitieux sinon carrément utopique.


L’article 8 fausses idées autour de l’auto-organisation des équipes nous partage les erreurs à ne pas commettre en termes d’auto-organisation :

  • Erreur #1 – Supposer que tous ont la même compréhension de ce que signifie l’auto-organisation

  • Erreur #2 – Présumer que les équipes auto-organisées n’ont pas besoin de gestionnaires ou de leaders

  • Erreur #3 – Croire que les membres de l’équipe savent quoi faire pour s’auto-organiser

  • Erreur #4 – Juger qu’il n’est pas nécessaire de limiter la portée de l’auto-organisation

  • Erreur #5 – Supposer que la mise en place de l’auto-organisation est une activité unique

  • Erreur #6 – Supposer que l’auto-organisation peut être appliquée à tous les contextes et à toutes les entreprises

  • Erreur #7 – Penser que c’est l’équipe qui doit tout décider!

  • Erreur #8 – Supposer qu’on ne peut rien faire lorsque l’équipe n’atteint pas ses objectifs

Ma mince expérience en initiative citoyenne avec un projet relativement simple de gestion des eaux des ruelles de mon quartier, m’a démontré à quel point cela peut être long et laborieux d’obtenir des résultats probants à court terme lorsque nous sommes un groupe variable de volontaires trop pris dans nos vies chargées, alors même que nous sommes accompagnés par Nature Québec.

Ceci dit, ce qui coagule bien en ce moment, ce sont les changements de consommation. La responsabilité sociale devient un critère d’achat : 44 % de consommateurs canadiens qui veulent consommer de façon socialement responsable selon cet article. Cette année 46 % des Canadiens ont pris le virage de la consommation responsable selon Radio Canada. Entre les mouvements de consommation bio, locale et zéro déchets, les mouvements se multiplient.

En revanche, la responsabilité d’entreprise est un peu plus liquéfiée malgré l’augmentation des certifications BCorp et le développement des normes ISO 26000 (responsabilité sociale) et BNQ 21 000 (gestion durable). Difficile de trouver des chiffres qui dressent un portrait des entreprises responsables au Canada. En 2013, près de 22 % des entreprises québécoises sondées affirmaient avoir adopté des pratiques pour répondre à des enjeux du développement durable selon le Ministère du Développement durable, ce qui semble franchement ridicule. Dans la stratégie gouvernementale du Québec 2015/2020, aucun objectif n’est mentionné en regard des entreprises.

De plus, lorsque les entreprises considèrent des actions de développement durable, elles ont tendance à les prévoir dans une planification parallèle à leur stratégie d’entreprise. Pourquoi ? Le développement durable n’est-t-il pas un développement organisationnel pour une croissance pérenne et équilibrée ? Qui a pensé un jour que le concept de développement durable devait être traité à part d’une croissance d’entreprise ? Et pourquoi tout le monde fait pareil ?

"Aucune entreprise ne peut plus envisager son succès et son profit sans considérer les impacts de son activité. [Le capitalisme français] ne doit pas se limiter à la réalisation de bénéfices. Il doit avoir une ambition beaucoup plus vaste : participer à la transformation de la société et à l’amélioration de la vie quotidienne de chacun." Bruno Lemaire (Source).

Je ne pensais pas un jour citer Bruno Lemaire mais je dois avouer que ceci est le fondement de ma pensée, toute organisation devrait avoir pour socle la responsabilité d’entreprise, ceci devrait faire partie de la loi.

Face à ces constats et connaissant bien le monde de l’entreprise, mon projet s’est recentré pour une coagulation organisationnelle possiblement exponentielle. La semaine prochaine, je vous explique comment.

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LES YÉTIS INTRAPRENEURS

sophie@lesyetis.org